Les bistrots ...

L'expérience d'un individu est tout, son tout.
Les échanges de récits autour d'un verre ou d'une table font partie de ma
religion personnelle.
J'ai fait des bars mon église, comme tant d'autres.
Terrain neutre par excellence : il n'y a pas de dogmes dans ces endroits,
et toute la gamme de la complexité de l'esprit humain est possible ; entre la joie et le désespoir, en passant par toutes les bêtises dont notre espèce est capable, il y a plein de possibilités de déboucher sur la compassion, le seul élan valable.
On peut même y faire le pitre. Théatre vivant.

D'autres ont dit ces choses avant moi, avec tellement plus d'éloquence – mais comme c'est dans les bistrots que j'ai trouvé une grande partie de mon inspiration, j'ajoute mon mot.

La défonce et les rencontres inattendues brisent les habitudes mentales accumulées dans un quotidien banal, enrichissent et réveillent l'esprit rêveur – et justement, de matérialiser les rêves, c'est la vocation et le métier du peintre.

Jim LEON, 1er mai 1984

.... et les fresques murales
Il illustre les murs de quelques bars et restaurants de Lyon, de l'hôpital Henry Gabrielle ainsi qu'à St-Hilaire-du-Rozier pour un centre de vacances E.D.F. en collaboration avec l'architecte Jacques Rey.

En 1986 sur le thème des nymphes dans un paysage méditerranéen au café Le Fleurie, place des Terreaux, ce travail a depuis été détruit.

On peut voir encore :
- Un paysage au café du Beaujolais, rue St Georges.
- Le plafond du restaurant Chabert, et les paysages du Byblos, rue des Marronniers.
- L'arrivée de Vasco de Gama en Inde dans le bar P.M.U., avenue Félix Faure.

- L'hommage à Louise Labé Hommage à Louise Labé, assisté par Sandra Polo
à la Brasserie le République, Place de l'hôpital.


Hommage à Louise Labé
Brasserie Le République (1, place de l'hôpital, Lyon 2e). C'est là qu'elle vécut. Dans ce quartier, la rue Bellecordière la synthétise, la filtre par la légende populaire qui l'a rendue célèbre, sans interruption, à travers les siècles.
Cette Louise Labé que Jim Leon, notre Anglais de Lyon, se devait de rencontrer.
En face, cette allée où le fer forgé garde son souvenir, dans cette brasserie Le République, ce mur peint luxuriant et luxurieux qui a fulguré de notre créatif artiste. Ce corps idéal, symbolique de sa beauté rêvée. Et ces plantes-serpents, ces fleurs vénéneuses, elles expriment toute la complexité de la poétesse transcendée par celle du peintre, le cri : « Baise m'encor... » exalté par les folies de ce plasticien dérangeant, comme elle troubla la société, cette femme qui, quatre siècles avant les autres, osa revendiquer, affirmer...
Jim Leon, souriant et infernal, ne pouvait le manquer !                     André Mure




C’est le bruit qui court brusquement d’un zinc à l’autre:


Extrait du livre « Bistrots de Lyon, histoires et légendes » de Bernard Frangin

C'est le bruit qui court brusquement d'un zinc à l'autre :
- Il paraît que Jim est revenu !
Le peintre Jim Leon, anglais de naissance, américain de cœur, lyonnais d'adoption, arpenteur des terres sans friches du mysticisme, apparaît, s'en va, saute à nouveau dans la toile d'araignée du quartier de la ficelle, se dégage, repart. Il reviendra un jour.
À l'époque, c'est l'une des figures familières de la rue Royale. Il habite en face de « l'Auberge » un appartement-fouillis pas tout à fait assez éclairé, mais haut de plafond où il mûrit sa seconde ou sa troisième manière.
Ce Modigliani rhodanien est un bohème et il ne suffit pas qu'une galerie l'ait sous contrat pour qu'il soit apprivoisé. Pour l'instant, il projette ses tumultes intérieurs dans des compositions d'un superbe académisme tout zébré d'audaces qui font souvenir que le surréalisme est l'emploi déréglé et passionnel du stupéfiant-image.
Il travaille quatre heures d'affilée ou cinq minutes. Dans un désordre fiévreux. S'il avait un réveille-matin, il en ferait un réveil-soir.
Les toiles qu'il montre à ses amis, qu'il met de longues semaines en pénitence contre un mur avant de les retourner pour les torturer encore, n'ont plus que de lointains rapports avec ce qu'il peignait naguère. Dépassées ses œuvres foisonnantes de sexe, de sang, d'érotisme et de meurtres.

Il revient d'un long voyage à l'intérieur de lui-même. Il en parle comme vous raconteriez vos vacances en Polynésie. Sauf que ses diapos, il les peint.


 


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